Je ne suis plus seule

Depuis toute petite, on me qualifie d'enfant timide. Je suis devenue l'adolescente inoffensive et sage de la famille. Après le départ de mes frères et sœurs à l'étranger, j'ai vécu un grand manque d'attention de la part de mes parents. Ils n'avaient d'yeux et d'oreilles que pour leurs autres enfants, loin d'eux et se forgeant une indépendance. Cette longue période de grand manque d'attention a malheureusement coïncidé avec l'apogée de ma "crise d'adolescence", si je peux appeler ça ainsi. J'étais harcelée au collège, ce depuis plusieurs années, à cause de ma différence, de mon style et de mon comportement déviant. J'avais des problèmes d'estime, de confiance en moi, de confiance en les autres, je me scarifiais souvent, et j'allais parfois jusqu'à prendre des drogues ou du tabac avec des fréquentations douteuses du collège, pour essayer, pour me sentir mieux. Mes parents ne prenaient pas au sérieux ma souffrance. Ils disaient que j'essayais d'imiter ma sœur qui, à mon âge, allait très mal à cause de ses problèmes psychologiques. Ils disaient que c'était à la mode dans ma génération d'être dépressif, rebelle, ou pire, malade mentale. Je n'ai donc jamais eu accès à la thérapie. J'ai eu un chagrin d'amour, et des amis qui comptaient beaucoup pour moi m'ont lâchée. Mes idées sombres avaient dès lom'a apportée un coup de grâce un dimanche soir où j'étais seule à la maison. Il a décidé de mettre fin à notre amitié, me laissant sans amis, sans personne. Il était tout ce que j'avais en terme de soutiens morale, de prérs atteint une importance inquiétante, tellement que c'en était devenu évident pour moi : J'allais en finir, c'était obligé. Il n'y avait aucune autre alternative. Je n'étais pas faite pour vivre dans ce monde, pas adaptée, défaillante. Mon meilleur ami de l'époque sence humaine dans ma vie. Mes parents n'étaient que des fantômes pour moi, qui ne faisaient que parler fort et dormir devant mon indifférence. C'était ma première tentative de suicide. Ou du moins, la première où j'avais réellement l'intention de mourir sans m'inquiéter des conséquences que cela produirait dans mon entourage, qui me semblait vide. J'en souffrais tellement ce soir là que j'ai dû m'y reprendre à plusieurs fois. Ma mère m'a retrouvée et m'a conduite à la clinique la plus proche, où je suis restée plusieurs jours. J'ai reçu les visites de mes camarades de collège, qui, j'en étais très surprise, ont beaucoup pleuré à cause de moi, sans pour autant m'accuser de quoi que ce soit. Depuis, mon environnement a radicalement changé. Le monde autour de moi a eu une réaction de ce genre là : "Oh ! Mince... On t'avait oubliée dans le fond de la pièce... Désolée. Allez, viens !" Et, aussi absurde que cela puisse paraître, avec beaucoup de volonté et le soutien de mes proches, j'ai réussi à effacer toute pensée suicidaire de mon esprit. J'ai eu accès au bonheur. J'ai choisi la filière scolaire qui me correspondait et qui me permettait de m'épanouir. Je me suis lancée à des activités extrascolaires qui me sortaient de ma routine et me permettaient de rencontrer de nouvelles personnes. J'ai pardonné à mes parents, même si je ne suis pas proche d'eux en ce moment à cause du bac et de mon caractère un peu distant, on s'entend assez bien. Aujourd'hui, je compte plusieurs vrais amis sur les doigts de mes mains sur lesquels je peux compter. J'apprends à m'aimer, à aimer les autres, et j'ai un suivi thérapeutique. Personne n'en fait tout un plat, mais tout le monde me prend au sérieux. Les démons de mon passé resurgissent parfois : Le démon de mes anciens amis, de mon ancien meilleur ami, de ma vie virtuelle sur internet... Mais je ne suis plus seule pour les chasser, et je ne suis plus triste à l'heure de les affronter. Si je pouvais m'adresser à la Moi de ce dimanche soir d'il y a trois ans, je lui raconterai ma rencontre avec ma meilleure amie le 18 novembre 2014, et notre relation fusionnelle qui en a résulté. Je lui raconterais les amourettes vécues au lycée. Je lui raconterais mon intégration dans ma classe de première ES. Je lui raconterais le concert, la gay pride, la conférence, auxquels j'ai participé cette année. Mais surtout, je la prendrais au sérieux.